Humeurs, LGBT, geek, ... un peu de moi en somme.

Somewhere in the crowd

introspection, relations, musique, and abba

Il y a cette phrase, dans Super Trouper d’ABBA. Tu la connais. Celle où Agnetha chante qu’elle ne se sentira pas triste, parce que quelque part dans la foule, il y a quelqu’un. Son quelqu’un.

C’est sûrement la ligne la plus tendre de tout le disco suédois. Et probablement la plus cruelle quand tu réalises ce que ça dit en creux.

La promesse silencieuse

Une scène. Les projecteurs qui aveuglent. Des milliers de visages anonymes. Et pourtant — tu tiens. Parce qu’il y en a un, là-bas, dont tu connais les yeux par cœur. Tu ne le vois pas vraiment. Tu sais juste qu’il te voit.

C’est ça, le deal caché des relations. Pas les grandes déclarations. Pas les anniversaires ronds. Ce truc quotidien, invisible, presque bête : savoir que quand tu montes sur ta scène à toi — un pitch, un examen médical, un dimanche compliqué, une soirée où tu connais personne — il y a quelqu’un qui scrute la foule à ta place.

Quand la foule est vide

Sauf que parfois, tu cherches. Et il n’y a personne.

Pas parce que tu es célibataire. Ça, c’est une autre histoire, plus honnête peut-être. Non : tu es en couple. Officiellement. Sur le papier. Sur les photos. Mais quand tu balaies la salle du regard, la place est vide.

Ou alors elle est occupée par quelqu’un qui regarde son téléphone.

L’absence avec témoin

C’est une solitude spéciale, celle-là. Plus fourbe. Plus épuisante, aussi, parce qu’elle ne s’annonce pas. Les gens seuls savent qu’ils sont seuls — ça peut être dur, mais c’est net. Toi, tu as le nom de quelqu’un dans ton téléphone en cas d’urgence. Tu as une photo de couple en fond d’écran. Tu as techniquement coché la case.

Et puis tu te rends compte, un jour, que tu n’as pas raconté une seule de tes vraies journées depuis des mois. Que quand tu gagnes quelque chose, tu hésites à le dire. Que quand tu perds, tu ne le dis pas du tout. Que tu as appris, sans t’en apercevoir, à porter tes trucs tout seul.

Et le pire ? Tu te convaincs que c’est toi le problème. Que tu en demandes trop. Que tu es fatigant. Que les couples “matures” fonctionnent comme ça — en parallèle, pas en duo.

Ce qu’il reste

J’ai mis du temps à comprendre que non. Qu’une relation, ce n’est pas juste partager une adresse. Que l’amour, à un moment, ça se mesure très bêtement : est-ce que quelqu’un voit que tu vas mal avant que tu le dises ? Est-ce que quelqu’un scrute ta foule à toi, quand c’est ton tour d’être sur scène ?

Agnetha a eu raison sur un point : tu peux traverser à peu près n’importe quoi si tu sais où poser ton regard dans la salle.

L’arnaque, c’est qu’on nous vend rarement la version inverse.

Celle où tu scrutes, tu scrutes, et tu apprends lentement à ne plus regarder.


Photo by Boudewijn Huysmans on Unsplash